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Samedi 3 mai 2008
Le nouveau numéro de l'excellente revue en ligne Histoire@Politique vient de paraître. Cette revue numérique du Centre d'histoire de Sciences Po est entièrement en ligne et gratuite.

Daté de janvier-avril 2008, le quatrième numéro d'Histoire@Politique est consacré aux jeunes, sujets et enjeux politiques dans la vie politique française au XXème siècle.

La première partie du dossier est consacrée à l'étude des organisations politiques et de leurs jeunesses :

Christine Bouneau, maître de conférences à l'université de Bordeaux III, consacre un article à l'étude de la Jeunesse Socialiste, des années 1880 aux années 1960.

Cécile Sanchez, étudiante en master à l'université de Rouen, s'intéresse aux transformations qui touchent la Jeunesse Communiste dans les années 30. Dans un contexte de forte expansion des organisations de jeunesse, la JC s'inspire des méthodes de la JOC et se transforme en une organisation de masse, d'encadrement et de loisirs. De février 1934 à février 1937, le nombre d’adhérents à la Jeunesse communiste passe de 4 000 à plus de 100 000.

Jean Birnbaum, journaliste au Monde, s'est  penché sur le trotskisme français. Nées dans la marginalité au mileu des années 1920, les organisations trotskistes ont maintenu vivants non seulement un même discours, mais aussi une pratique militante qui se donne pour but de capter l’indignation « instinctive » de la jeunesse, et d’encadrer cette énergie subversive au sein d'une communauté de transmission, d’un collectif mémoriel et pédagogique. Pour Jean Birnbaum, c'est ce qui explique leur étonnante pérennité.

Jean Vavasseur-Desperriers, professeur à l'université de Lille III et spécialiste des droites modérées évoque la politique en matière de jeunesse menée par les organisations de droite de l'entre-deux-guerres. L'Alliance Démocratique et la Fédération Républicaine ont leurs organisations de jeunesse qui sont mal connues. Le PPF de Jacques Doriot met en place une organisation de jeunesse qui aurait compté 35 000 adhérents en 1937. Les autres ligues (Croix de Feu, Action Français, Jeunesses Patriotes) n'ont pas d'organisation de jeunesse spécifique, mais des "troupes de choc" (Camelots du Roi, Volontaires Nationaux, Phalanges) qui vendent les journaux et font le coup de poing à l'occasion.
Entre cercle d’études, axé sur la réflexion et l’entraînement à la joute oratoire, dans une perspective très parlementaire, militantisme activiste orienté vers la démonstration de rue et enracinement social, porté vers l’action caritative, trois formes se retrouvent dans pratiquement tous les groupes, à des degrés divers.
Comme le note Jean Vavasseur-Desperriers, "Les groupes « modérés » ont adopté des pratiques et des discours peu éloignés du militantisme activiste et le catholicisme social, référence répandue dans une bonne partie des troupes de la jeunesse droitière, a fortement stimulé l’action sociale aussi bien en milieu ligueur que dans une organisation liée au monde parlementaire, comme les JFR. Peut-être la tendance générale est-elle allée dans le sens d’un renforcement de cette action."

La suite du dossier de la revue Histoire@Politique nous entraîne en Alsace pour suivre la jeunesse alsacienne face à la question régionale durant l'entre-deux-guerres et s'intéresse aux Jésuites et à la jeunesse catholique dans l'entre-deux-guerres ou encore aux Chantiers de la Jeunesse mis en place par le régime de Vichy.

Entre 1940 et 1944, ce sont 400 000 jeunes Français qui effectuent un stage de huit mois dans les Chantiers de la Jeunesse. Véritable entreprise d’encadrement idéologique, le stage des Chantiers répond à une triple finalité : modeler une jeunesse virile et sportive, former des chefs et des propagandistes de la doctrine vichyste et participer au relèvement matériel du pays. Christophe Pécout, docteur en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) à l'université de Rouen montre bien l'attitude franchement hostile de la jeunesse française envers un stage vécu comme inutile, épuisant et abrutissant.
Indifférente à la Révolution Nationale, la jeunesse des Chantiers méprise les collaborationnistes de la LVF qui viennent recruter sur les Chantiers et refuse le Service du Travail Obligatoire en Allemagne. A partir de 1943, l'absentéisme explose et une partie des jeunes des Chantiers gagne les maquis tout proches.
Au final, "Certains, notamment les jeunes ruraux, ont pu trouver dans les Chantiers une vie semblable à celle qu’ils menaient auparavant. D’autres ont prolongé leur séjour et quelques-uns, très rares, ont même intégré la Milice. Toutefois, c’est bien une grande majorité qui a rejeté la vie et le discours pétainiste des Chantiers."

Nous renvoyons nos lecteurs au site
Histoire@Politique où les articles complets sont disponibles en ligne et peuvent être téléchargés et imprimés au format pdf.
Il faut saluer le travail des chercheurs et de l'équipe du Centre d'histoire de Sciences Po. L'existence de cette remarquable revue en ligne est un plus pour les historiens, pour les professeurs comme pour les étudiants et plus largement pour tous les militants du mouvement social qui s'intéressent à l'histoire politique.
par David NOËL publié dans : Notes de lecture
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Lundi 29 octobre 2007
Vingtiemesiecle.jpgLa dernière livraison de la revue d'histoire Vingtième Siècle, datée d'octobre-décembre 2007 est consacrée au Parti socialiste : un choix éditorial qui s'explique naturellement par la défaite subie par le PS aux élections présidentielles et les débats autour de la rénovation de la gauche, mais qui ne va pas de soi dans une revue d'histoire contemporaine. Vingtième Siècle n'est pas un  newsmagazine de base...

En histoire comme dans toutes les disciplines, la recherche obéit aussi à des modes qui reflètent les rapports de forces entre les différentes écoles historiques, mais aussi les préoccupations de la société à un moment donné.

La biographie et ce qu'on a appelé "l'histoire-bataille" ont été écartées dans les années 60 au profit d'une histoire qui s'intéresse au temps long et aux structures socio-économiques.

Les partis politiques comme objet d'histoire ont souffert de la même désaffection. François Audigier dresse un état des lieux historiagraphique qui en explique les raisons : les sociologues se sont penchés sur les nouveaux mouvements associatifs et les historiens du politique s'intéressent davantage aux valeurs, aux cultures et à la sociabilité des militants qu'aux formations politiques proprement dites. Les études consacrées aux partis politiques s'inscrivent souvent dans une échelle départementale ou régionale. Aujourd'hui, l'histoire des partis politiques intègre de nouvelles approches et s'intéresse en particulier à l'évolution de la propagande militante liée à la modernisation des médias, à l'inscription des partis politiques dans un espace symbolique ou se livre à des comparaisons à l'échelle européenne.

Après une introduction de Michel Winock sur le PS dans le système politique français, Aude Chamouard s'intéresse à la mairie socialiste, matrice du réformisme (1900-1939). Elle montre dans son article que la conquête par la SFIO de nombreuses municipalités au début du XXe siècle entraîne une évolution du Parti socialiste. Les maires socialistes comme Emile Basly à Lens assument un réformisme pratique et la figure du bon gestionnaire remplace peu à peu celle du révolutionnaire tandis que les élus socialistes se notabilisent.

La notabilisation du PS-SFIO est justement étudiée par Noëlline Castagnez qui s'est intéressée à la IVe République. Noëlline Castagnez montre qu'on assiste entre 1945 et 1958 à une érosion de la base militante de la SFIO, qui se replie autour de la figure du maire et du conseiller général. La SFIO passe de 354 000 adhérents en 1946 à 87 000 en 1951 avec une sous-représentation des femmes, des ouvriers et un cumul des mandats généralisé. Il faudra attendre 1971 et le congrès d'Epinay pour que le PS redevienne un parti de militants à la faveur de la dynamique enclenchée par l'Union de la gauche.

Gilles Morin s'est intéressé aux liens entre les socialistes et la société française. Fondée en 1905, la SFIO entretient des rapports parfois difficiles avec la CGT dominée par les anarchistes et les syndicalistes-révolutionnaires qui font adopter en 1906 la Charte d'Amiens. Après 1918, si la création du PCF et de la CGTU rapproche la SFIO de la CGT, jamais les liens entre parti et syndicat ne seront ce qu'ils sont en Angleterre où les trade-unions adhèrent au Labour. En France, on est loin de la social-démocratie même si la plupart des cadres socialistes sont aussi des syndicalistes. La SFIO a donc besoin de s'appuyer sur d'autres réseaux et dans les années 1920-1930, elle les trouve dans le mouvement laïc (franc-maçonnerie, Ligue de l'Enseignement, Ligue des Droits de l'Homme).
Après la seconde guerre mondiale, les liens entre mouvement socialiste et mouvement laïc perdurent tandis que les liens entre la SFIO et les syndicats se desserrent et il faudra attendre la déconfessionalisation de la CFTC en 1964 qui donne naissance à la CFDT et la création du nouveau PS à Epinay en 1971 pour que s'esquisse un rapprochement entre mouvement socialiste et mouvement syndical.

L'étude de Carole Bachelot sur Parti socialiste et parti travailliste est tout aussi intéressante. Carole Bachelot montre que la mutation du PS et du New Labour au cours des années 90 aboutit à une féminisation du parti, mais aussi à une personnalisation autour de Tony Blair ou de Lionel Jospin. De plus en plus, les partis socialistes deviennent des partis d'adhérents-supporters et c'est une rupture avec la tradition du mouvement ouvrier. Mais la mutation du parti socialiste et du parti travailliste obéit à des schémas différents : en Angleterre, la primauté du Premier Ministre sur le parti est formalisée tandis qu'en France subsiste la fiction de l'autonomie du parti vis-à-vis du gouvernement. Au final, le PS et le New Labour sont dirigés par deux oligarchies, mais celle du PS s'est construite dans le flou, sur la base du poids des tendances.

Enfin, il faut signaler l'article de Frédéric Cépède et Fabrice d'Almeida, Etre socialiste d'un siècle à l'autre, qui montre bien les difficultés à être socialiste - avec tout ce que ça comporte en terme de références culturelles et symboliques - à l'heure des médias de masse.

Au final, le dossier de la revue Vingtième Siècle est d'un grand intérêt et pose beaucoup de questions sur le Parti socialiste. On attend désormais d'autres études portant sur d'autres forces politiques.
par David NOËL publié dans : Notes de lecture
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Samedi 1 septembre 2007
Vingtiemesiecle.jpgLa dernière livraison de la revue d'histoire Vingtième Siècle ouvre ses colonnes à un débat sur le fascisme français. Le débat n'est pas que scientifique, il est aussi politique et un de ses enjeux est naturellement de caractériser le Front national.

Le débat sur l'existence d'un fascisme français est un vieux débat qui rebondit périodiquement, mais il remonte en réalité à 1978 et à la publication par Zeev Sternhell de son livre La droite révolutionnaire (1885-1914). Les origines françaises du fascisme (1978). Pour faire vite, Sternhell s'inscrit en faux contre la thèse de René Rémond d'un fascisme français marginal au sein d'une droite nationaliste héritière du bonapartisme. L'historien israélien considère qu'un "pré-fascisme" apparaît en France à la fin du XIXe siècle. Maurice Barrès, chantre d'un nationalisme sentimental teinté de socialisme apparaît comme une des figures de proue de la droite révolutionnaire française.
Cette droite révolutionnaire française est antiparlementaire et d'une certaine manière se veut l'héritière du bonapartisme. La crise boulangiste (1886-1891) témoigne à la fois de la prégnance d'un culte du chef - l'homme fort qui régénérera la nation - et du goût de l'extrême droite française pour la violence et les coups d'Etat. C'est aussi la rencontre (constitutive du fascisme) d'hommes de droite et d'hommes de gauche comme le journaliste et ancien communard Henri Rochefort.
La droite révolutionnaire est xénophobe. Elle se convertit à l'antisémitisme à la fin du XIXe siècle. Elle est marquée par l'oeuvre d'Edouard Drumont et s'engage dans l'Affaire Dreyfus dans le camp des antidreyfusards. Au lendemain de la première guerre mondiale, des militants issus du syndicalisme révolutionnaire et influencés par la pensée de Georges Sorel comme Gustave Hervé vont basculer à l'extrême droite et donner au nationalisme une coloration anticapitaliste (qui disparaît rapidement).
Loin d'avoir été "immunisée" contre le fascisme, c'est la France qui aurait "inventé" le fascisme, un fascisme qui ne se limite donc pas aux quelques groupes marginaux comme le Faisceau (qui a quand même compté 20 000 membres) ou le francisme, mais caractérise d'importants mouvements comme les Croix-de-Feu du colonel de La Rocque héritiers du "pré-fascisme" des années 1890.

La thèse de Zeev Sternhell a été combattue par de nombreux historiens français (Pierre Milza, Michel Winock, Serge Berstein, Antoine Prost) qui s'intéressent moins aux convergences idéologiques qu'aux organisations et à leur implantation. La plupart des historiens français dressent donc le portrait d'une France "allergique au fascisme" (S. Berstein), même si une certaine forme d'"imprégnation fasciste" a touché toutes les ligues nationalistes des années 30.
Antoine Prost montre de façon très claire que les Croix-de-Feu, en raison de leur nationalisme affiché, occupent une place tout à fait marginale au sein du mouvement des anciens combattants organisé autour de l'Union Fédérale (proche des radicaux et qui compte 950 000 adhérents en 1939) et de l'UNC (classée à droite, 850 000 adhérents à la veille de la guerre).
Au contraire, Zeev Sternhell a reçu le soutien d'un historien comme Ernst Nolte pour qui l'Action française et le maurassisme constituent une des facettes du fascisme, aux côtés du fascisme italien et du nazisme.

Le débat a rebondi dans les colonnes de la revue Vingtième Siècle qui publie ce trimestre un article de Robert Soucy, suivi des réponses de Michel Winock et Serge Berstein ainsi qu'un compte-rendu de lecture du livre de Sean Kennedy signé Jean-Paul Thomas.
Faut-il parler de débat ? Serge Berstein évoque plutôt un dialogue de sourds et à la lecture des différents articles, c'est bien l'impression qui ressort.

Robert Soucy se présente en porte-parole d'une "école anglo-saxonne" qui s'opposerait à une improbable "école du consensus" française. Répondant à Michel Winock, il cherche à démontrer que les Croix-de-Feu et le PSF du colonel de La Rocque présentent tous les critères du fascisme.
Le moins qu'on puisse dire est que la démonstration n'est guère convaincante. Robert Soucy admet bien que le colonel de La Rocque s'est à plusieurs reprises opposé à l'antisémitisme. Pour l'historien américain, il faut mettre la modération du dirigeant des Croix-de-Feu sur le compte d'une prudence tactique. De la même manière, Robert Soucy analyse le légalisme du colonel de La Rocque le 6 février 1934 comme le reflet d'une prudence tactique. Enfin, Robert Soucy accuse le colonel de La Rocque de sympathies collaborationnistes.
Il est certain que le PSF, qui remplace en 1936 les Croix-de-Feu après leur dissolution a été un grand parti nationaliste et autoritaire.
Etait-il pour autant un parti fasciste ? On peut en douter à la lecture de l'article de Michel Winock. De même, il est difficile de croire à la thèse d'un colonel de La Rocque tenté par la collaboration. Loyal vis-à-vis de Pétain, le chef du PSF (devenu Progrès Social Français) était critique envers la collaboration, surveillé par les Allemands et critiqué par les collaborationnistes les plus durs ; il a d'ailleurs monté un réseau de résistance opérationnel dès juin 1942.
Au final, les citations choisies par Robert Soucy apparaissent peu probantes et les arguments de Michel Winock emportent l'adhésion.

Le parallèle entre le fascisme du PSF et celui du Front national que fait Sean Kennedy devient alors sans objet, Jean-Paul Thomas ajoutant, dans son compte-rendu de lecture qu'il n'est pas de bonne méthode d'enjamber un demi-siècle d'histoire.
Dédouaner le PSF de l'accusation de fascisme n'implique évidemment aucune forme de sympathie à son égard. Laissons la parole à Serge Berstein qui écrit, à juste titre qu'"On peut, par exemple, considérer que le nationalisme intégral de Maurras n'est guère plus attrayant que le fascisme mussolinien".

Les militants politiques qui ont à combattre le Front national doivent connaître ces controverses historiques qui nous aident dans notre combat de tous les jours pour faire reculer l'extrême droite.

Les 44,5 % d'électeurs qui ont voté pour Marine Le Pen au second tour de l'élection législative ne sont pas fascistes. Mais l'idéologie du FN, pour reprendre l'expression de Berstein, n'est "guère plus attrayante" que le fascisme et "l'imprégnation fasciste" d'une partie des cadres du FN ne fait guère de doute. Elle ne concerne pas que quelques égarés marginaux : le premier bureau politique du Front national, en 1972, comptait dans ses rangs François Brigneau (ancien milicien condamné pour collaboration) et Pierre Bousquet (ancien Waffen SS qui fut le premier trésorier du FN). Lors des fêtes du Front national, on trouve sur les tables les ouvrages apologétiques de Jean Mabire, éditorialiste à Minute et à National-Hebdo, sur la LVF et les Waffen SS. Quant à Marine Le Pen, elle siège au parlement européen aux côtés d'Alessandra Mussolini...

Les Héninois et Beaumontois qui crient leur colère en utilisant le bulletin de vote FN servent en réalité les intérêts d'un dangereux parti d'extrême droite.
Que le FN ne soit pas fasciste à proprement parler est dès lors secondaire : la menace que le Front national fait peser sur notre ville est elle, bien réelle et doit être combattue avec détermination.
par David NOËL publié dans : Notes de lecture
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Mercredi 29 août 2007
Claude Bartolone est un dirigeant socialiste de talent. Député de Seine-Saint-Denis et principal lieutenant de Laurent Fabius, Claude Bartolone a fait partie des rares dirigeants socialistes à faire campagne pour le non au TCE. Son dernier livre, sous forme d'entretien avec Gérard Leclerc est un réquisitoire implacable contre Ségolène Royal, qui a perdu "une élection imperdable" pour avoir fait une campagne très à droite, sur le terrain de l'ordre et des valeurs là où l'opinion publique attendait du PS des propositions sociales.

Claude Bartolone a raison d'être sévère avec Ségolène Royal. Les anecdotes qu'il raconte sur l'amateurisme de la campagne de la candidate socialiste sont édifiantes : entretiens refusés avec la presse, déplacements annulés à la dernière minute... Claude Bartolone prend également position contre toute idée d'alliance avec le Modem et condamne la tentation sociale-démocrate d'un Dominique Strauss-Kahn. Pour Bartolone, le PS doit rester un parti socialiste et ne peut pas accepter la mondialisation comme elle va.

Claude Bartolone est inutilement sévère envers le Parti communiste sur lequel il a tiré un trait. Le PCF est bien vivant, il compte encore des dizaines de milliers de militants et les idées antilibérales et altermondialistes fédèrent, en 2007, environ 10 % de l'électorat.

Claude Bartolone, c'est plus intéressant, récuse toute idée de "droitisation" de la société française. Il rejoint là le constat que fait Etienne Schweisguth, directeur de recherche au CEVIPOF, dans la dernière livraison de la Revue française de science politique. Etiennne Schweisguth distingue le libéralisme économique (qui s'oppose à l'antilibéralisme) et le libéralisme sociétal (qui s'oppose à l'autoritarisme). En matière de moeurs, le libéralisme a progressé : le pourcentage de français favorables à la peine de mort, hostiles à l'avortement, à l'immigration ou à l'égalité des droits entre personnes de même sexe, est en chute depuis 20 ans, y-compris à droite. Il est aujourd'hui de l'ordre de 30 % de l'électorat. 70 % des électeurs sont libéraux en matière de moeurs. En fait, seul l'électorat du Front national reste majoritairement autoritaire sur ces questions.
En matière économique et sociale, Etienne Schweisguth fait le constat inverse : 70 % des Français sont favorables au service minimum et considèrent que les chômeurs et les bénéficiaires du RMI devraient faire des efforts et ne plus se complaire dans "l'assistanat". A l'exception des ces trois points, la plupart des questions posées aux sondés sur le SMIC, le contrat de travail, le rôle de l'Etat ou la mondialisation témoignent de la permanence des idées antilibérales. Seuls 25 % des sondés, par exemple, jugent positivement la mondialisation.

Antilibéralisme en matière économique et sociale et libéralisme en matière sociétale, le constat de droitisation de la société française ne résiste pas à l'examen. L'élection présidentielle était bien "imperdable".

La lecture du livre de Claude Bartolone peut rendre amer : pendant cinq ans, les travailleurs vont subir les coups de la droite, des coups qui auraient pu être évités si le PS avait opté pour un programme de gauche. L'union de la gauche antilibérale autour du PCF était possible ; avec l'appui du mouvement social, elle aurait permis de peser sur le PS pour qu'il applique une politique antilibérale.

L'élection était "imperdable". La gauche sociale-libérale l'a perdue. Tout l'enjeu des 5 prochaines années va être maintenant de construire les forces politiques capables de mobiliser l'électorat populaire pour remporter les victoires de demain. C'est un défi que le PCF devra relever.
par David NOËL publié dans : Notes de lecture communauté : Les antilibéraux
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Jeudi 2 novembre 2006
A l'heure où le PCF s'engage dans une stratégie de rassemblement avec les forces altermondialistes inspirée par les idées des communistes refondateurs, il n'est pas inutile de lire les Mémoires de Pierre Juquin, qui viennent de paraître aux Editions de l'Archipel.

Né en 1930 à Clermont-Ferrand, diplômé de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé d'allemand, Pierre Juquin enseigne au lycée Lakanal de Sceaux de 1959 à 1966. Il rencontre Emmanuel Le Roy-Ladurie et Félix Damette, avec qui il se lie d'amitié.

  Pierre Juquin milite au SNES et adhère au Parti Communiste en
1953 ; il se distingue lors de la campagne pour les élections municipales de 1959.  Il intègre le comité fédéral de la Seine-Sud où il fait la connaissance de Georges Marchais.

En 1964, Pierre Juquin entre au comité central du Parti Communiste comme membre suppléant, puis titulaire à partir du XVIIIe congrès, en janvier 1967. Elu député de la troisième circonscription de l'Essonne en mars 1967, il est battu lors des législatives de juin 1968, mais retrouve son siège en 1973 et le conserve jusqu'en 1981.

Pierre Juquin intègre le bureau politique du PCF comme membre suppléant en 1979, lors du XXIIIe congrès puis comme membre titulaire en 1982.

Il dirige alors le bureau de presse et d'information et effectue de nombreux voyages en RDA.
Acquis à une forme d'aggiornamento idéologique du PCF sur le modèle du PCI italien de Berlinguer, partisan de l'eurocommunisme, Pierre Juquin juge sévèrement Georges Marchais. Il lui reproche sa rupture avec l'eurocommunisme et son rapprochement à contretemps avec l'URSS brejnevienne. Il explique comment en rompant avec le PS en 1977 sur la question de l'actualisation du programme commun, Georges Marchais s'est laissé piéger par François Mitterrand. Pierre Juquin revient également sur les interviews les plus accablantes de Georges Marchais, sur la question de l'Afghanistan ou celle du bilan "globalement positif" de l'URSS.

Pierre Juquin bascule alors dans l'opposition à la direction du PCF et est exclu du bureau politique du Parti Communiste en 1984 avant d'être exclu du PCF en octobre 1987, après avoir annoncé sa décision de se présenter à l'élection présidentielle.

Soutenu par le PSU, la LCR et des communistes rénovateurs, Pierre Juquin s'appuie sur de nombreux comités d'initiative et de soutien. Il n'obtiendra que 2,08 % des voix aux élections présidentielles de 1988.

Pendant que ce qui reste des "comités Juquin" fusionne avec le PSU pour former l'Alternative Rouge Et Verte (devenue Les Alternatifs, une formation groupusculaire qui compte 700 adhérents), Pierre Juquin rejoint les Verts.

Il milite aujourd'hui au Parti Socialiste et a appelé il y a quelques jours dans les colonnes de Libération à voter pour Laurent Fabius.

Les Mémoires de Pierre Juquin présentent un intérêt historique certain : au-delà de l'itinéraire d'un homme et de la simple autobiographie, elles nous font revivre près d'un demi-siècle d'histoire et de vie politique à travers les yeux d'un acteur de premier plan, souvent lucide, comme lorsqu'il rencontre l'écologiste René Dumont et qu'il prend conscience de la problématique environnementale.

Mais l'itinéraire de Pierre Juquin est aussi celui d'un échec : l'échec d'une tentative de fédérer une force de gauche radicale à la fois communiste, citoyenniste et écologiste. Etrangement, Pierre Juquin est peu disert sur cet échec et, c'est révélateur, son livre s'arrête au lendemain de l'élection présidentielle de 1988.
Pour le présent, c'est aussi une leçon à méditer : les comités d'activistes qui naissent à l'occasion d'une campagne présidentielle ne parviennent généralement pas à s'imposer dans la durée.

Dans ces conditions, on ne sait pas trop ce qu'espèrent Roger Martelli, Pierre Zarka, Patrick Braouezec et les refondateurs du PCF.
Alors que le Parti Communiste s'est profondément transformé et est redevenu incontournable, pourquoi vouloir rééditer en 2007 l'opération des "comités Juquin" au travers de comités unitaires antilibéraux coupés de la population ?
par David NOËL publié dans : Notes de lecture
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