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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Contre les associations, les maires FN règnent par la peur

À Hénin-Beaumont, Mantes-la-Ville et Hayange, les équipes municipales s’attaquent au Secours populaire et à la LDH, considérés comme des ennemis politiques. Elles manœuvrent en revanche plus discrètement pour mettre toutes les associations au pas ou pour les faire couler, en silence.

À Hénin-Beaumont, lors d’un forum des associations alternatif qui se tenait au O’Shannon, samedi dernier, un bar du centre-ville, certaines associations décrivent comment elles ont été mises sur le banc de touche, à bas bruit. Colette Grard a été longtemps bénévole à l’Amicale laïque. Elle raconte : « Dans les conventions qu’on signe avec la mairie, il est stipulé que le maire doit être remercié dans toute publication et qu’il doit être invité à chaque assemblée générale ou manifestation. Ils veulent tout contrôler. J’ai dit mon désaccord et j’ai été écartée de l’Amicale laïque, qui a choisi de signer. » Et de soupirer : « Quand je croise le maire, il ne me dit plus bonjour. Il détourne le regard. On a l’impression d’une vie associative dorée ; en fait, c’est creux. »

Pour Anim’acteurs, association d’éducation populaire, et Mine de culture, association culturelle et linguistique, même combat. Également présents au forum, leurs bénévoles décrivent les procédés de l’équipe municipale frontiste : « On ne nous a jamais rien dit de manière transparente, assure Aurélien Caron, en service civique à Mine de culture. Quand on a demandé la location de matériel pour notre festival, ils nous l’ont refusée à la dernière minute. On remarque simplement que la mairie choisit ses associations. Mais ils le font en toute légalité. Sur le plan de la communication, ils sont rodés. Avec les scandales de la précédente municipalité, ils ne veulent pas faire de faux pas, ils sont attendus au tournant. Donc, à part quelques provocations comme la crèche de Noël, ils manœuvrent en coulisses. »

La morosité de la ville comme un projet de société

Des manœuvres qui rappellent celles employées par le maire de Mantes-la-Ville, située à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Paris. À cela près que Cyril Nauth, le maire, assume la morosité de sa ville. Comme un projet de société. Pour lui, toute activité associative relève de la sphère privée. Sa deuxième obsession, ce sont les finances de la ville. Un cocktail parfait pour faire exploser un tissu associatif déjà fragile avant son arrivée. C’est à ce moment-là que Romain Carbonne a créé, avec d’autres, le Collectif de réflexion et d’initiative citoyenne (Cric). Les membres de cet observatoire de la gestion de la ville par le FN assistent à chaque conseil municipal, qu’ils mettent en ligne sur leur site. « Sur 16 000 votants, 2 000 l’ont élu. Il fait une politique pour faire plaisir à ces 2 000 personnes. Ce sont surtout des personnes âgées qui ne fréquentent pas les associations et qui n’ont pas d’enfants », analyse Romain Carbonne, Mantois trentenaire. Pour ce militant déterminé à marquer le maire à la culotte, la tâche est ardue : « Le chacun-chez-soi est appliqué à la lettre. Le climat est léthargique. Il fait des économies sur la petite enfance, la vie associative et sur toute l’action sociale. Et les gens ne réagissent pas. Là où ils sont difficiles à attaquer, c’est que cette politique, sous couvert d’économies, n’est hélas pas propre au Front national. »

Les subventions municipales aux associations ont baissé de 35 % par rapport à 2015. Du FC mantois (qui a perdu 75 000 euros) au festival Blues sur Seine, en passant par l’Ensemble orchestral mantevillois ou les Restos du cœur, personne n’a été épargné. Serge Gaspalou, élu municipal Front de gauche de l’opposition et directeur de l’école Jean-Jaurès, explique l’engrenage : « Moins de subventions, moins d’activités, moins de fréquentation. Tout est réuni pour appauvrir des lieux de sociabilité comme les centres de vie sociale. Il y a de moins en moins d’animateurs. Du coup, le maire a transformé une partie du CVS en maison médicale. Il n’investit dans rien, il ne rénove aucun bâtiment public. »

Moins obsédé par les économies que par sa propre image, Fabien Engelmann, maire d’Hayange, commune de 16 000 habitants située en Moselle, mène une bataille enragée contre le Secours populaire, accusé d’être une « succursale » du Parti communiste. Ici, comme à Mantes-la-Ville, le maire a été élu avec 2 500 voix, sur 12 000 électeurs. Comme à Mantes, c’est essentiellement un électorat âgé et fragile qui s’est tourné vers le Front national. Comme à Hénin-Beaumont, le maire d’Hayange organise un bal du troisième âge tous les mois, auquel il assiste. Pour eux, il a crée une navette gratuite pour faire les courses, aller chez le médecin ou les amener voter. « En soi, le bien-être et le confort des personnes âgées, pourquoi pas. Le problème, c’est que sa politique se résume à ça. Il n’a aucune politique de jeunesse. L’Académie musicale hayangeoise a perdu 25 000 euros avec pour prétexte qu’il n’y avait pas que des enfants d’Hayange qui en profitaient », déplore Gilles Wobedo, jeune infirmier et président de l’association Hayange en résistance, formée dans la foulée des municipales. L’écrivain Marc Olenine, auteur de Mandala sur Fensch, habitant de Hayange, ne mâche pas ses mots sur cette « gestion ridicule à la Mussolini ». « C’est un fascisme municipal. Il a nettoyé le cimetière, instauré des amendes de 125 euros pour ceux qui laissent crotter leur chien. La police municipale, en surnombre, harcèle les migrants. Il a fait le buzz avec sa crèche et contre le Secours populaire. »

Immense élan de solidarité de la part des habitants d’Hayange

Auprès de la population, pourtant, le climat de peur et le culte du maire, seul à s’exprimer sur tous les sujets, fonctionnent. Peu de personnes osent l’affronter en public. Et encore moins les responsables associatifs. Des pressions indirectes s’exercent sur des membres de telle ou telle association, jugés trop politisés ou trop critiques. Certains ont été obligés de s’effacer pour éviter à leur association la perte d’une subvention.

Ce règne par la terreur pratiqué dans les trois villes permet aux maires de limiter la contestation et de renverser les rôles. Recevoir une subvention devient un honneur et on se doit d’être reconnaissant à Monsieur le Maire. Et si on ose le critiquer, c’est une attaque en justice. À ce jour, rapporte l’association Hayange en résistance, la ville a engagé 46 757 euros de frais de justice dont 17 814 euros contre les dissidents FN et 13 843 euros contre le personnel municipal. Le sort fait au Secours populaire d’Hénin-Beaumont et de Hayange sert à effrayer les potentiels dissidents. Dorothée Fizazi, présidente du Secours populaire d’Hénin-Beaumont, est lasse des attaques ad nominem qu’elle voit s’inscrire sur sa page Facebook. Traitée de « bolchevique à la solde de David Noël » (conseiller municipal communiste d’Hénin-Beaumont), elle reçoit des messages grossiers de pseudonymes, derrière lesquels, d’après elle, se dissimulent des adjoints frontistes comme Bruno Bilde. Le but est clair : déloger le Secours populaire d’un local en plein centre-ville, trop visible. Avec pour argument, la démolition prochaine du bâtiment pour faire passer un bus. « Ce n’est pas faux, rétorque Dorothée Fizazi. Mais ils doivent nous proposer une solution. Nous venons en aide à cent familles héninoises, des travailleurs pauvres, des retraités, des gens au RSA et des SDF. »

À Hayange, que reproche Fabien Engelmann à Anne Duflot-Allievi, présidente du Secours populaire ? De faire de la politique, pour avoir donné un listing de bénéficiaires à l’association Hayange en résistance pour les amener au restaurant pour les fêtes de Noël. Il lui reproche aussi d’avoir contesté le choix de la mairie d’exclure les enfants de migrants d’un goûter solidaire. Un affront de taille pour un maire qui a voté une motion « Ma ville sans migrants », avec bien d’autres municipalités frontistes. Il est persuadé que la présidente a « cristallisé un ensemble d’opposants politiques pour mener une action à l’encontre de la municipalité en place ». Ce harcèlement permanent que subit Anne Duflot-Allievi ressemble à une guerre des nerfs. Mais cette infirmière libérale, bénévole au Secours populaire depuis plus de vingt ans, refuse de plier. « Il est venu m’agresser au local avec ses colistiers et la police municipale en me disant qu’il allait faire fermer le Secours populaire et que nous n’aurions plus aucune aide. On n’a plus de droit de participer aux manifestations de la ville. Ils nous ont enlevé le camion pour décharger les victuailles », relate-t-elle. Face à une telle virulence, Anne et les autres bénévoles font de la résistance. Ils n’ont pas rendu les clés du local et bénéficient d’un immense élan de solidarité de la part des habitants d’Hayange. Ironie du sort, deux bénéficiaires faisaient partie de la liste électorale de Fabien Engelmann. Preuve que le Secours populaire ne choisit pas son public en fonction de ses idées politiques.

Ixchel Delaporte

Source : L'Humanité
Vendredi 16 décembre 2016

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