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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

L'affaire Djamel Mermat anime depuis plusieurs jours les blogs politiques d'Hénin-Beaumont. Tout a commencé à la fin du mois de juin avec un article de Grégoire Petit sur le Blog Territorial consacré à une communication de Djamel Mermat lors d'un colloque, le 6 juin dernier.

Chercheur en sciences politiques à l'université de Lille II, Djamel Mermat a notamment travaillé sur la mutation du Parti Communiste sous la direction de Michel Hastings. Plus récemment, il s'est intéressé au long parcours d'intégration des néo-frontistes de la Fédération FN Nord-Flandre. C'est donc a priori un universitaire sérieux et son regard sur la campagne municipale héninoise peut être d'un grand intérêt.

Durant la campagne municipale, Djamel Mermat s'est infiltré au sein de l'équipe de campagne de Steeve Briois et Marine Le Pen en se faisant passer pour un sympathisant frontiste, une démarche qui transforme le chercheur en acteur et permet l'observation sans filtre de l'objet politique étudié. A la lecture de la réponse de Steeve Briois, on devine que le leader frontiste est furieux de s'être laissé abuser. Sous la plume de Steeve Briois, Djamel Mermat devient un "déséquilibré" et un "mythomane".
L'affaire est à présent sous le coup d'une procédure judiciaire et par ailleurs, les protagonistes auraient accepté une rencontre en face-à-face sous la forme d'un podcast vidéo, qui devrait avoir lieu dans les prochaines semaines. On espère que cette rencontre apportera des réponses aux questions qui restent en suspens.

Au-delà de la méthode - et on peut comprendre à la fois la démarche du chercheur et la colère de Steeve Briois, même si rien n'excuse les propos injurieux qu'il tient contre le chercheur lillois - il reste que l'article de Djamel Mermat apporte quelques révélations troublantes, même si on reste sur sa faim.

On ne trouve rien par exemple, dans l'article de Djamel Mermat, sur la sociologie des adhérents du FN, rien sur leur parcours individuel, sur les raisons de leur engagement. Le programme frontiste n'est pas analysé. En résumé, on a le sentiment de lire un travail inachevé et on attend du chercheur lillois qu'il développe plus en détail ce qu'il n'a fait qu'esquisser dans son article.

Pour autant, l'article de Djamel Mermat apporte un certain nombre d'observations précieuses qui méritent d'être relevées.

Djamel Mermat pointe ainsi du doigt pages 3 et 4 les mensonges et le double discours permanent des dirigeants locaux du FN. Rassurants en public vis-à-vis des employés municipaux, les dirigeants locaux du FN auraient eu un tout autre discours en interne, ce que démentent les intéressés. 

Djamel Mermat revient aussi page 4 sur l'affaire de la braderie et de l'agression contre Marine Le Pen : "Marine Le Pen et son équipe ont créé un buzz [...] écrit le chercheur, en récupérant habilement l'irruption d'un imprévu de campagne. Les frontistes se sont mis en scène et ont fabriqué une trame dramatique pour lancer leur campagne."

Vrai chercheur et faux militant, Djamel Mermat explique page 12 qu'il faisait preuve d'un zèle accru afin de se faire accepter dans le groupe frontiste : "Sur le marché, nous étions personnellement les seuls à ne pas saluer les jeunes socialistes [...]. Notre attitude, feinte d'ignorance et de mépris, ne comportait aucun autre message."

A contrario, "nous étions prompts à faire du zèle par rapport à nos nouveaux coreligionnaires lorsqu'il s'agissait de saluer les membres de l'Alliance Républicaine. Ses représentants ayant annoncé se maintenir au second tour contre le maire en place s'ils parvenaient à réunir 10 %, ayant même rencontré Steeve Briois et Bruno Bilde début janvier, dans l'enceinte de la permanence frontiste dans le plus grand des secrets, nous soignions nos rapports avec eux, en nous montrant particulièrement avenants et prévenants. Alliés objectifs du FN, nous faisions preuve de zèle dans nos démonstrations à leur égard."

En l'absence d'autre preuve, cette révélation d'une rencontre secrète, formellement démentie par Daniel Duquenne et Georges Bouquillon comme par Steeve Briois, doit être prise avec des pincettes.
Certes, on se demande quel intérêt un chercheur lillois aurait à inventer une telle révélation. Mais Georges Bouquillon est un homme honnête et j'ai d'autant plus tendance à le croire que je ne vois pas pourquoi Steeve Briois et Bruno Bilde auraient confié ce genre de secret à un militant récent qui ne faisait pas partie du premier cercle des militants frontistes héninois.
Sur ce point, Djamel Mermat a pu être abusé et j'attends qu'il nous prouve ses dires avant d'accuser l'Alliance Républicaine de collusion avec le FN.

Il reste que la ligne éditoriale du blog de Steeve Briois et sa neutralité bienveillante envers l'Alliance Républicaine, qui n'avait pu échapper à personne, s'expliquent mieux. Steeve Briois et ses amis étaient convaincus que l'Alliance Républicaine, par ses critiques contre la municipalité sortante, ne pouvait que crédibiliser leur propre discours. Convaincus d'être en tête au soir du premier tour, Steeve Briois et Marine Le Pen misaient tout sur le maintien de l'Alliance Républicaine et une triangulaire et considéraient Daniel Duquenne et Georges Bouquillon comme des "alliés objectifs".
Tout le monde l'avait compris, mais c'est la première fois que cette stratégie est explicitée, par un observateur qui se trouvait aux premières loges de la campagne.

L'Alliance Républicaine porte néanmoins une part de responsabilité. Sans revenir sur les propos de Christine Coget concluant le débat télévisé par un "Tout sauf Dalongeville" révélateur, les thèmes de campagne de l'Alliance Républicaine - sécurité, antifiscalisme, dénonciation des appareils politiques - n'ont pu que conforter le Front National, au grand dam, d'ailleurs, d'une partie des militants de l'Alliance Républicaine.

Pour le reste, l'article de Djamel Mermat confirme ce que nous supposions déjà du rôle prééminent de Bruno Bilde comme directeur de campagne de Steeve Briois et Marine Le Pen. Le rôle crucial de Bruno Bilde était déjà apparu au grand jour en 2004 dans le film d'Edouard Mills-Affif, Au pays des gueules noires, la fabrique du Front National.

Djamel Mermat signale également page 16, comme un des éléments de la stratégie du FN, "l'usage expansif, ininterrompu, irrévocable et volontaire de l'outil internet, avec notamment la diffusion de rumeurs et de propos transgressifs sur les sites de leurs principaux adversaires : MJS, blog de Marie-Noëlle Lienemann, l'Alliance Républicaine..."
Les innombrables commentaires diffamatoires et injurieux qui inondaient le blog du MJS s'expliquent mieux... Il s'agissait bien d'une volonté politique délibérée de la part des dirigeants frontistes de diffuser de fausses rumeurs via des commentaires postés sur les blogs.

Au final, l'article de Djamel Mermat, s'il apporte certaines réponses, laisse au lecteur un goût d'inachevé et laisse de nombreuses questions en suspens. Ces questions, Djamel Mermat ne pouvait peut-être pas les aborder dans le cadre d'une communication pour un colloque, mais on espère qu'il les traitera dans un travail plus complet qui apportera de nouveaux éclairages sur cette campagne hors du commun que nous avons vécue en tant qu'acteurs et qui est maintenant devenue un objet d'études de science politique.
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