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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Logo-Credit-agricole.jpgJusqu’en 1987, le Crédit agricole était une banque à part entière. Puis, sortant de son modèle coopératif, il a voulu s’essayer à la finance et se faire aussi gros que ses consœurs capitalistes. Emportée par les crises, la banque a, 
pour la première fois, basculé dans le rouge l’an dernier.

Le directeur général du Crédit agricole est « rassuré », « heureux ». Pour Jean-Paul Chifflet, le cru 2013 sera « significativement positif ». Sur les six premiers mois de l’année, le « géant vert » a multiplié son bénéfice par trois, à 1,165 milliard d’euros. Un véritable bonheur pour les actionnaires, qui ont vu le cours de leurs actions bondir de plus de 100 % sur une année glissante… Et une gueule de bois pour les salariés dont les effectifs ont baissé de 9,2 % cette année. Des salariés qui ont dû expliquer l’an dernier que leur banque était solide, malgré les 8,5 milliards de pertes et les 6 milliards de dépréciations d’actifs liés à l’aventure Emporiki, filiale grecque achetée en 2006. Quand, déjà en 2007, la banque verte avait perdu 13 milliards dans la folie des subprimes. Et si, contrairement au slogan, le bon sens était plutôt du côté du passé que des nouvelles dépréciations d’actifs à venir ?

Né à la fin du XIXe siècle pour répondre aux besoins financiers des agriculteurs, le Crédit agricole se crée en coopérative. Des caisses se montent dans tous les départements, les camions banques sillonnent les endroits les plus reculés de la France rurale. Le fonctionnement est simple : la banque collecte, elle prête et le reste va en réserve. La Caisse nationale de Crédit agricole, établissement public, est chargée d’assurer la péréquation de la collecte et de l’acheminer vers les caisses plus utilisatrices de crédit.

EFFETS DE LA PRIVATISATION

Les marchés financiers ne connaissent pas la banque verte mais tous les Français poussent ses portes. Puis, en 1984, une première loi bancaire passe. Les banques coopératives sont banalisées, le métier change et les privatisations arrivent. La Caisse nationale de Crédit agricole est rachetée par les caisses régionales, qui, elles, conservent leur statut coopératif mais sont fusionnées. D’une centaine, il n’en reste plus que 39 aujourd’hui. Les conseillers se transforment en vendeurs. « Avant, les gens poussaient notre porte pour un conseil, aujourd’hui nous leur courons après pour leur vendre des produits commissionnés, dont on ne sait pas la plupart du temps ce qu’ils contiennent comme placement », déplore Alain Babin, délégué syndical national CGT du Crédit agricole et conseiller clientèle depuis 1982. Parallèlement, la banque développe les rémunérations et les objectifs individuels. Ce n’est que l’acte I d’une lente dérive.

En 2001, la coopérative devient Crédit agricole SA, côtée en Bourse. La financiarisation s’empare de la banque. Les sociétaires n’ont plus voix au chapitre. La structure se centralise. La perte de proximité met en échec la démocratie au sein des caisses locales (voir ci-contre). Les actionnaires sont dorénavant privilégiés aux sociétaires clients. La direction se lance alors dans la folie des grandeurs pour devenir la plus grande banque du monde. Les fonds propres sont utilisés à ces fins. Dans cette phase d’expansion, elle achète le Crédit lyonnais, mais aussi des banques de réseaux en Espagne, en Italie, en Grèce, en Argentine et duplique son modèle. Elle développe une activité revolving plus rentable avec Sofinco et Finaref. Et elle se lance dans un autre monde, celui de la finance avec ses filiales Cheuvreux et Calyon.

En 2002, pour la première fois, le montant des profits dépasse celui de la masse salariale. En dix ans, 3 500 postes sont supprimés. En 2007, le château s’effondre. Calyon et Cheuvreux, compromises dans les subprimes, accusent des pertes record. « J’ai développé l’activité de produits structurés de crédit qui collait à notre stratégie. Ce n’était donc pas en soi une erreur », expliquait l’ex-directeur général de Cheuvreux, Marc Litzler, en 2008 dans l’Expansion. Deux ans plus tard, à peine la crise financière terminée, ce sont cette fois les banques de réseaux en Grèce et en Italie qui fragilisent la banque coopérative et qui font les frais de la crise de l’euro puis de la crise économique en Europe. Depuis, la banque se sépare progressivement de ses filiales à risques en encaissant les pertes. Les caisses régionales ont encore les reins solides. En 2012, elles ont fait remonter plus de 3,5 milliards d’euros de résultats. Malgré la récession, la banque de proximité a augmenté de 5,5 % ses collectes et de 0,3 % les encours de crédit. Jusqu’à quand ? Le Crédit agricole a tous les moyens de redevenir une banque de proximité moderne. À condition, pour la CGT, de remettre 
Crédit agricole SA sous contrôle public en l’intégrant dans un pôle public bancaire.


Un poids non négligeable. Avec 60 % des dépôts et 40 % des crédits ou encore 50 milliards d’euros de chiffres d’affaires, les banques coopératives emploient 164 000 personnes et représentent un poids non négligeable dans le secteur bancaire en France. L’activité bancaire coopérative s’articule autour de quatre réseaux : Crédit agricole, Banque populaire-Caisse d’épargne, et Crédit mutuel. Le Crédit agricole est la quatrième banque mondiale, le deuxième groupe en France.

Clotilde Mathieu

 


Source : L'Humanité
Lundi 12 août 2013

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