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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Melenchon-Huma-2014.jpgREPORTAGE - A la fête de l'humanité, le mouvement pour la VIe république de Jean-Luc Mélenchon laisse certains communistes dubitatifs.

Certains avaient signé l'appel. D’autres n’étaient même pas au courant. Vendredi, à la Fête de l’humanité, le site internet lancé la veille par Jean-Luc Mélenchon et invitant à se prononcer pour une VIe république ne rencontrait au mieux dans les rangs communistes qu’une bienveillante perplexité.

«Le front de gauche est vivant», a insisté Eric Coquerel, le nouveau coordinateur du Parti de gauche (PG), sur la scène d’un stand dédié à l’alliance électorale, où Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent (PCF), Clémentine Autain (Ensemble) et d’autres dirigeants s’étaient alignés pour une photo de famille. Tous disent bien sûr rester attachés au Front de gauche. Mais Jean-Luc Mélenchon, qui s’était dit lassé par les querelles partisanes, s’en est quelque peu singularisé en lançant à la fin du mois d’août un «mouvement pour la VIe république», une initiative destinée à dépasser les cadres parfois étriqués des partis politiques pour mieux «fédérer le peuple».

Dans les allées de la Fête de l’humanité, les communistes restent au mieux dubitatifs à propos du mouvement impulsé par l’ex-candidat à la présidentielle. Ce n’est pas tant la VIe république, pour laquelle militants du Parti de gauche et communistes se sont conjointement battus lors de la campagne de 2012 qui rebute les seconds que l’initiative isolée du tribun.

Déception

«C’est une déception de plus. Il se désolidarise un peu du Front de gauche», déplore Stéphanie Raveneau, 34 ans, militante communiste à Laon, accoudée au bar du stand de la fédération de l’Aisne. A ses côtés, Yan Ruder, 34 ans lui aussi et conseiller municipal à Laon, est encore plus amer. «En 2012, certains camarades avaient eu des réticences à soutenir Mélenchon car c’était un ancien socialiste. Mais il avait impulsé une très belle campagne et était devenu notre porte parole légitime, rappelle-t-il. On sent bien qu’il est saoulé et qu’il prend ses distances. Le voir s’éloigner du Front de gauche et du PCF, ça nous emmerde. Le risque, c’est qu’on finisse tous en un chapelet de groupuscules.»

Dans la foulée de l’assemblée générale du Front de gauche le 6 septembre, qui a vu toutes ses composantes afficher un esprit combatif contre la politique de François Hollande et Manuel Valls, les lieutenants de Jean-Luc Mélenchon assurent que le Mouvement pour la VIe République et l’alliance électorale peuvent aller de pair. «On revient à la source du Front de gauche, explique Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche. Défendre ce mouvement, ce n’est pas sortir des clous. C’est dire que les règles du jeu elles-même sont un problème et que le combat pour la VIe doit prendre de l’ampleur».

La page internet appelant à se prononcer en faveur d'une VI République a déjà rencontré d'après plusieurs membres du Parti de gauche plusieurs milliers de signatures. «Entre l'université d'été à Grenoble et l'assemblée générale du Front de gauche, on est passé d'une écoute polie à une écoute interessée», plaide Eric Coquerel. Reste que Pierre Laurent, le premier secrétaire du PCF, convaincu depuis longtemps de la nécessité d’un changement de régime, interroge lui-même l’opportunité d’un tel mouvement : «Quel est son rapport au Front de gauche ?»

La Ve, «à bout de souffle»

Une VIe République ? A la Fête de l’huma, tout le monde est d’accord. «La période montre bien que la Ve est à bout de souffle», peut-on entendre à chaque stand. «On appelle de nos voeux à la constitution d’une VI République, avec de la proportionnelle. On ne va pas s’opposer à ce que dit Mélenchon», défend Jean-Noel Coirault. Ce conseiller municipal d’Alfortville observe d’un oeil plutôt bienveillant le mouvement lancé par Mélenchon. Mais questionne : «La question, c’est qu’est-ce qu’on met dans cette VIe République. Et quelle place Mélenchon veut-il y laisser aux communistes.»

Yan regrette. «On a l’impression qu’il essaie de se débarasser de nous. La prise de Grenoble (où associatifs, pégétistes et écolos ont conquis la ville en mars, ndlr) lui vend du rêve. Il se dit qu’il a plus besoin de nous. C’est un peu grossier tant on a mouillé la chemise.»

Au stand de la fédération des Landes, entre deux «belle sandrine», un cocktail à base d’armagnac et de fruits de la passion rallongé à l'eau, Christophe Carrey, conseiller municipal à Capbreton résume : «Mélenchon nous a tellement tapé dessus pendant les municipales... Les communistes vont pas freiner sur la VIe République, mais sur l’idée que Mélenchon la porte seul.» A deux pas, Jean-Louis dit les choses plus clairement : «Nous, on ne veut pas d’un chef qui dit "suivez-moi je suis le berger" alors que Mélenchon dit qu’il est disponible pour 2017.»

Rémy DODET

Légende photo : Jean-Luc Mélenchon à la Fête de l'humanité le 12 septembre 2014. (Photo Kenzo Tribouillard. AFP)


Source : Libération
Vendredi 12 septembre 2014

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