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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

photo-PS-62.jpg|  FINANCEMENT  |

Fini le temps des confidences en catimini, évoquant une culture politique en dehors des clous dans certains bastions du bassin minier. C'est de l'intérieur que l'édifice du PS 62 est aujourd'hui secoué suite aux confessions de l'ancien maire d'Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville. Qui a « balancé  » un système sur lequel la DIPJ se penche avec grande attention.

Décembre 2010... Contraint de regoûter aux joies de la vie carcérale après avoir été pris en flagrant délit de non-respect de son contrôle judiciaire, l'ex-maire d'Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, rumine dans sa geôle de Longuenesse. Après sept mois de préventive très mal vécus, l'homme a alors une peur panique d'être de nouveau contraint à une longue privation de liberté. Et décide en conséquence de rompre avec la stratégie qui était la sienne depuis son interpellation, à savoir : tout nier en bloc et renvoyer les responsabilités sur ses comparses...

Bouée à la mer

Cinq jours après son retour à la case prison, l'ancien élu PS envoie, en guise de bouée à la mer, un courrier explosif à la juge, Véronique Pair. Et tombe brutalement le masque en expliquant vouloir faire des aveux, non seulement sur le dossier héninois, mais aussi sur le financement du PS du Pas-de-Calais, via les rouages et personnes permettant un financement par détournement de l'argent public !

Gérard Dalongeville, qui s'assurera par ces révélations une prompte remise en liberté, commence alors à abreuver la juge Pair de courriers manuscrits décrivant avec précision les passerelles établies selon lui entre certains grands groupes régionaux et une multitude d'entreprises, toutes circonscrites au bassin minier, d'une part, et la fédération 62 du PS, d'autre part. Un système bien huilé qui serait fait d'offres clés en main, de pressions amicales, de SCI paravents, de petits cadeaux et d'hommes liges. Une somme de révélations qui, depuis un an, n'est pas tombée dans l'oreille de sourds : la Division nationale des investigations financières de Nanterre a auditionné l'Héninois, dès le mois de mai, l'équipe lilloise du commandant Meurant prenant ensuite le relais sur le terrain, l'affaire faisant l'objet d'une enquête préliminaire confiée à la DIPJ de Lille.

Des accusations qui, pour Gérard Dalongeville, ont valeur de rupture définitive avec un système qui avait continué à le soutenir jusque dans l'intimité carcérale. Son avocat, l'ancien maire d'Hénin-Beaumont l'a lâché aux enquêteurs, aurait été rétribué... par deux caciques PS du bassin minier.

Première révélation de l'ancien maire quant au contenu du coffre-fort découvert dans son bureau de l'hôtel de ville, à savoir la somme de 15 000 euros : « C'est bien évidemment l'argent du PS ! »... Un coffre qui, confie-t-il, a toujours servi au financement du parti et dont il était parmi ceux qui en possédaient les clés lorsqu'il était directeur de cabinet de Pierre Darchicourt, l'ancien maire d'Hénin... Ça, c'est pour les affaires hénino-héninoises mais, à un niveau plus élevé, c'est un réseau au sein duquel on trouverait des groupes de BTP ou de chauffage, une société d'économie mixte et une kyrielle d'entreprises de couverture, d'électricité, peinture, de menuiserie... ou encore de bureaux d'étude.

VRP multicarte

Pierre angulaire du système, selon Gérard Dalongeville, une société d'économie mixte, portant des opérations d'habitat, développement économique ou construction d'équipements. Un aménageur privilégié dans le bassin minier, qui, explique-t-il, visiterait les élus sur leurs projets, leur promettrait financements et soutiens, avant que la consultation, préparée par elle en amont, soit lancée... l'attribution revenant finalement à... l'instructeur ! Une SEM qui peut également s'appuyer sur un homme lige du parti, dont le nom revient avec une fréquence impressionnante dans le système. Ce patron d'une entreprise de BTP de la banlieue lensoise (plusieurs fois entendu par les enquêteurs) que l'on retrouve attributaire d'une flopée de marchés, est présenté comme l'un des hommes-clés du système, notamment à travers plusieurs sociétés civiles immobilières l'amenant à voler au secours de la SEM lorsqu'elle bloque sur l'acquisition de certains terrains : « Il intervient alors par des promesses d'achat qu'il cède ensuite à la SEM. » Autre homme fort de ce système décrit par Gérard Dalongeville : un incontournable de la « fédé », dont on dit qu'ila l'oreille des plus puissants. Salarié, d'un grand groupe de chauffage, il serait, auprès des élus PS, à la fois VRP du parti et de sa société. Chargé de soutenir et épauler les candidats aux municipales, côté logistique et communication, il reviendrait ensuite, une fois le candidat devenu maire, négocier un contrat de chauffage. Tous les maires investis et soutenus choisiraient donc de confier leur marché à sa société, ce qui, sur un mandat, pèserait quelques millions d'euros ! Un grand déballage, ici juste échantillonné, qui a de quoi mettre le bassin minier en état de choc s'il est avéré.

Comme une antienne

D'autant que, dans ces schémas dévoilés par Gérard Dalongeville, revient comme une antienne le nom de Jean-Pierre Kucheida, patron officieux du PS 62, dont les pratiques de gestion avaient déjà été chatouillées par la justice dans l'affaire de la SACOMI avant que le député-maire de Liévin ne soit blanchi. Depuis peu, c'est sa gestion de la SOGINORPA et de l'EPINORPA, structures gérant l'habitat minier, qui a été pointée du doigt par la chambre régionale des comptes.

PASCAL WALLART ET ÉRIC DUSSART

Saisie par Gérard Dalongeville, l'ancien maire d'Hénin-Beaumont, la justice se penche avec attention sur le financement du Parti socialiste dans le Pas-de-Calais. Avec pour corollaire, la question des marchés publics. PHOTO ARCHIVE


Source : La Voix du Nord
Samedi 03 décembre 2011

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